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Le Clos de la Chaînette, dernier vestige d’un finage qui a couvert jusqu’à 1.900 hectares à Auxerre

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Publié le 28/04/2021 à 15h08



Le Clos de la Chaînette était exploité par les moines de l’abbaye Saint-Germain. © NZ0 YONNE


Pendant des siècles, Auxerre fut entourée de vignes. De ce finage qui a couvert jusqu’à 1.900 hectares, seul subsiste le Clos de la Chaînette.

"Il a été écrit qu’on produisait plus de vin d’Auxerre qu’il n’y avait de pieds de vigne", s’amuse Thierry Millière, planté au cœur des 4,7 hectares de la "plus ancienne vigne attestée de France", mentionnée dans le testament de l’évêque saint Vigile en 680. Le Clos de la Chaînette, propriété du centre hospitalier spécialisé, une vignette verte sur la carte d’Auxerre, le dernier vestige d’un finage qui couvrait 1.600 à 1.900 hectares, rappelle l’ingénieur responsable des espaces verts et du vignoble du CHS. "Chaque famille auxerroise, ou presque, récoltait son vin dans ses propres vignes", écrit en 1941 le chartiste Marcel Delafosse (1). "Ce n’était que de la vigne" Là où se dressent aujourd’hui les constructions des différents quartiers d’Auxerre, "ce n’était que de la vigne, reprend Thierry Millière. Clairions, Pieds de Rats, Judas, Chaînette, Migraines…" Son doigt pointe vers la gare routière : "Ce qu’on appelait les Grands Boivins, qui partent du début de l’avenue Champleroy et montent jusqu’au site du centre hospitalier, c’était la Grande Côte." Des terres alluvionnaires au cœur d’un coteau "qui voyait la course du soleil toute la journée".



Le Clos de la Chaînette n’a pas été épargné par l’épisode de gelées noires qui a frappé tout le vignoble en avril. "Dans la nuit du 5 au 6 avril, on est descendu à -5° à 6 heures?; dans celle du 6 au 7, on est descendu à -4°?; et puis du 14 au 15 on était à -3° à 4 heures du matin", détaille Thierry Millière.


Au VIIe siècle, saint Vigile "nous assure que le vignoble “serre de près les murs de la ville”", écrit le vigneron historien Jean Guilly (2). Ce dernier attribue au pouvoir épiscopal le renouveau de la vigne après les "dévastations provoquées par les Barbares". "Vivant dans l’ombre du gonfanon de ses évêques, le clos de Migraine fut le plus beau fleuron de leur couronne, insiste-t-il […] Au cours des siècles et cela peut-être pendant plus d’un millénaire, les évêques d’Auxerre surent maintenir l’excellence de leur vin de Migraine, qualifié souvent de “vin vermeil et délicat”."


Toute une littérature atteste de la qualité du vin d’Auxerre. À commencer par l’éloge qu’en fit l’abbé Jean Lebeuf (3) : "L’estime et la réputation des vins d’Auxerre est aussi grande et générale qu’ancienne, qu’ils ont passé, et qu’ils passent encore avec raison pour être des meilleurs du Royaume." Précisons que cet abbé natif d’Auxerre entendait défendre les vins de sa ville attaqués par les vignerons de Joigny qui arguaient de la supériorité des leurs. Son objectivité n’est pas assurée.

Phylloxera et pression urbanistique

Deux remarques s’imposent. La première est formulée par Jean Richard (4), membre de l’Institut qui, indiquant qu’"au XIIe siècle, le vin d’Auxerre est apprécié au pays d’Arras", prend soin de "rappeler que le vin, dans la France médiévale, ne se boit qu’additionné d’eau […] Ce qui nous amène à nous interroger sur la nature des qualités que l’on attribuait au vin et sur les transformations du goût à travers les âges".

La deuxième tient au terme "vin d’Auxerre", tel que les ouvrages le mentionnent. Il ne s’agit pas toujours du vin issu des vignes de la ville d’Auxerre. "Il s’agit aussi bien du vin du Tonnerrois et de l’Avallonnais que de l’Auxerrois." Du vin commercialisé depuis Auxerre, par voie navigable.


Quoi qu’il en soit, du grand finage d’Auxerre, il ne reste presque rien. À la fin du XIXe siècle, le phylloxéra ravagea les vignes. L’essor de l’industrie et l’exode rural poussèrent, au fil des décennies, à l’urbanisation des terres dévastées. Seul subsista le Clos de la Chaînette, à l’abri des convoitises, car propriété de l’hôpital psychiatrique. "On peut imaginer que ça n’a pas posé trop de souci de laisser la vigne en jachère le temps de trouver la parade au phylloxéra", indique Thierry Millière qui savoure cette exception depuis trente-cinq ans.

Vincent Robinet vincent.robinet@centrefrance.com

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